Premier point notable : quand Emmanuel Macron, candidat ni de droite ni de gauche, tombe dans l'intox, c'est souvent de l'intox de droite. Le fameux laxisme supposé de la justice, par exemple, a été pointé du doigt à plusieurs reprises par son équipe, et Macron lui-même qui a repris cette vieille intox propagée par la droite selon laquelle les peines inférieures à deux ans n'étaient jamais exécutées. Un propos (faux et simpliste) que nous avions désintoxiqué tel quel dans la bouche de Valérie PécresseNicolas Dupont-Aignan, ou Alain Juppé.

Macron a aussi rejoint la cohorte des intoxicateurs de LR sur le jour de carence des fonctionnaires, en affirmant qu'il fallait restaurer un jour de carence dans la fonction publique, au nom de l'équité avec le privé. Là encore, le propos (trompeur) avait fait l'objet de nombreux désintox. Macron prend ainsi place entre Jean-François Copé et Christian Jacob. L'intox de Macron est d'autant plus cocasse qu'en qualité de ministre de l'économie, en 2015, le même avait désintoxiqué cette intox de droite… avant donc de la faire sienne deux ans plus tard.

Désintox avait aussi noté de la propension – très sarkozyste – d'Emmanuel Macron à faire évoluer, de meeting en meeting, les chiffres d'une étude sur le cannabis pour justifier sa politique en la matière… Enfin, nous avons épinglé une petite tendance, marketing oblige, à exagérer un peu les mérites de son mouvement en matière de moralisation de la vie publique.

Mais le candidat d'En marche se distingue sur un autre point : c'est lui qui a été le plus souvent l'objet d'intox. Ses adversaires ne se sont pas privés pour déformer certains points de son programme (sur les loyers implicites par exemple, le RSI et le compte pénibilité). C'est aussi à Macron qu'a été réservé l'honneur d'être la cible des seules authentiques fake news de la camapgne, comme son supposé compte caché ou le financement de sa campagne par l'Arabie Saoudite (création d'un site belge). Ces hoax grossiers étant souvent propagés par des relais organisés à l'extrême droite (grâce au hashtag #levraiMacron) et même par des membres du FN : Marion Maréchal-Le Pen par exemple. A force d'être visé par ces intox, le candidat est allé un peu loin dans la victimisation : le rôle de la Russie dans cette campagne de déstabilisation dont il a été l'objet n'est pas aussi clair que ce qu'il aimerait faire croire.

Te vierge

Le feu d'artifice des intox de Marine Le Pen

Mais ces intox apparaissent comme de la petite monnaie face au bulldozer Marine Le Pen. Labourant son champ fétiche de l'immigration, la candidate a multiplié les intox sur le sujet. Le FN a largement essayé de banaliser ses propositions, en affirmant (grand classique), que celles-ci avaient cours à l'étranger (notamment le fait defaire payer la scolarité des enfants d'étrangers). On a aussi entendu Marine Le Pen essayer de gommer la portée et la dimension xénophobe de sa proposition d'une taxe sur les travailleurs étrangers en affirmant qu'elle n'était qu'un aménagement d'une taxe existante aujourd'hui.

Sinon, on a retrouvé le pot-pourri des intox classiques de la présidente du FN, à commencer par l'intox à épisodes (ici, puis ) sur le fait que les étrangers étaient prioritaires dans l'attribution des HLM. Démentie par les statistiques officielles, la candidate s'est embourbée dans son mensonge. Elle a aussi déployé des trésors de mauvaise foi pour minimiser les affaires judiciaires dans lesquelles elle est empêtrée. Elle a aussi repris une intox usée jusqu'à la corde expliquant que Laurent Fabius avait déclaré son soutien aux rebelles jihadistes du Front al-Nusra.

Marine Le Pen, dans la dernière ligne droite d'une campagne de premier tour où elle flanchait un peu, a également décidé de récidiver dans l'indécence en reprenant une intox de 2015, affirmant que les mesures préconisées en matière de terrorisme par le FN auraient permis d'empêcher les attentats. Pour faire croire à cette fable, la présidente du parti n'hésite pas à raconter n'importe sur le profil des auteurs des actes terroristes… Sur le même thème, Marine Le Pen a aussi brandi ses solutions magiques, comme l'expulsion des fichés S, témoignant d'une méconnaissance totale du sujet.

On ajoutera cet épisode grotesque et savoureux, où Marine Le Pen a essayé de faire croire à un bidonnage d'un documentaire sur le FN à Nice… en s'appuyant sur un bidonnage réalisé par un de ses cadres locaux.

Pour finir, la candidate s'est aussi mise à l'air du temps en prenant des accents trumpistes, accusant à tout va les médias de fake news et prenant délibérément le parti des «faits alternatifs», notamment en matière de pollution aux particules.